Justice

Condamnation de Maja T. : Budapest traque les antifascistes, l’Europe suit-elle ?

Le 4 février, l’activiste allemand Maja T. a été condamné à huit ans de prison en Hongrie pour des violences présumées contre des néonazis. Extradé de l'Allemagne, son cas s'inscrit dans une série de mandats d’arrêt européens qui relance le débat sur la protection des droits fondamentaux dans l’UE face à une « traque des antifas » menée par Budapest.

Ce lundi 4 février, l’activiste anti fasciste allemand Maja T. a été condamné à 8 ans de prison ferme par la Hongrie. Cause de la condamnation : iel aurait participé à des violences sur des militants néonazis lors d’une manifestation à Budapest, la capitale hongroise. Cette manifestation est celle du « Jour de l’honneur », cérémonie annuelle en la mémoire de la Waffen SS.

Cette condamnation a été permise par les tribunaux allemands, qui ont remis quelques mois plus tôt Maja à la justice hongroise. Cela fait suite à l’émission d’un mandat d’arrêt européen par la Hongrie, procédure européenne similaire à celle de l’extradition.

Toutefois, le cas de Maja n’est pas un cas isolé. De nombreux mandats d’arrêt européens hongrois ont été émis dans toute l’Europe, à l’encontre de ces militants « antifa » poursuivis pour violences lors des rassemblements néonazis à Budapest.

Certains parlent d’une « chasse aux sorcières » menée par Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, car le mouvement antifa a été déclaré terroriste par ce dernier il y a peu de temps.

Ces poursuites à l’échelle européenne impliquent aussi le système français. Le 14 janvier dernier, c’est le cas de Zaid, un jeune antifa syrien, qui a été examiné à la cour d’appel de Paris, où se trouve la chambre des extraditions. Celui-ci encoure 24 ans de prison en Hongrie pour « agression physique » et « participation à une organisation criminelle », tout comme Maja avant sa condamnation. Ayant grandi en Allemagne, la crainte de l’extradition par les tribunaux allemands a conduit Zaid à se réfugier en France, et c’est donc aux tribunaux français de s’interroger sur le sujet.

En avril 2025, la même chambre avait refusé d’extrader le militant albanais Rexhino Abazaj vers la Hongrie, alors poursuivi pour les mêmes raisons, face aux risques d’atteinte aux droits garantis par la Convention européenne des droits de l’homme.

En effet, il faut le rappeler : la Hongrie est multi condamnée par les tribunaux européens pour des atteintes répétées aux droits humains fondamentaux. Par ailleurs l’indépendance de la justice hongroise est largement remise en question, notamment par le Parlement européen qui dénonce en novembre dernier une « crise de l’État de droit » et réclame une sanction.

Mais qu’est-ce que cela implique donc pour ces affaires ?

Le mandat d’arrêt européen est une procédure judiciaire différente de l’extradition car elle est applicable à tout le territoire de l’Union européenne et ne nécessite pas de convention particulière. Pour faciliter la justice interne des États membres de l’UE, la remise (ou l’extradition) va de principe. Mais le cas hongrois interroge.

Selon l’AFP, la Cour constitutionnelle allemande aurait désavoué l’extradition de Maja quelques temps plus tard, jugeant que les conditions de détention en Hongrie n’avaient pas été assez examinées. En effet, Maja se déclarant comme non-binaire, iel est exposé à des discriminations systémiques mises en place par la politique d’Orbán : interdiction des marches contre les fiertés, loi anti-propagande LGBT, etc.

Ainsi, la question des droits humains et de l’indépendance de la justice est au cœur de ces multiples affaires. Comment la procédure des mandats d’arrêts européens peut-elle bénéficier à un pays qui aujourd’hui, ne répondrait pas aux critères pour intégrer l’Union Européenne ?

La question reste en suspens, et c’est pour le moment aux juridictions nationales de se positionner en garantie des droits fondamentaux que l’Union peine à maintenir.

La chambre de l’extradition se prononcera fin février sur la situation de Zaid, dont l’avocat a réclamé un examen approfondi des conditions de détention lors de sa dernière audience. Après la condamnation de Maja, le temps n’est-il pas aux juges de réaffirmer leur sens de la justice ?